Interprétations
Rudimenteurs
Dépenaillée, vive, maligne, l’œil aux aguets, Cyanura file à l’oblique de la place centrale devenue terrain vague. Elle shoote dans un grille-pain cabossé, enjambe un four à micro-ondes sans porte, glisse sur une déjection humaine encore molle, en partie cachée sous un chiffon brunâtre déchiqueté. Traînent, ici et là, des couches sales de bébés et des préservatifs dégoulinants, des livres abîmés, vestiges d’un temps où lire n’était pas jugé d’un ennui mortel et où les écrans étaient encore attractifs. Cyanura est heureuse de sa journée, c’était une bonne journée.
Elle a dégoté des tubercules qu’elle a cuits et assaisonnés d’un reste de sauce rouge extirpée du fond d’un tube périmé. Et maintenant, rassasiée, elle prélève quelques dopecs de sa cagnotte électronique et file au Copulo-center. Je l’y attends. À deux, nous courrons moins de risque d’être lacérés et éventrés. Nous nous faufilons entre les parties effondrées de cette ancienne usine d’armements où la rouille le dispute à de la graisse noire. Nous évitons les recoins consacrés au bondage : ça finit trop souvent en cadavres. Une odeur de lubricité flotte dans l’air : ça nous excite. Il me reste deux pointes de LSD, nous les gobons. Bientôt nous nous joignons à une groupe de corps dépoitraillés, dénudés de la ceinture aux chevilles, qui s’agitent spasmodiquement sur des paillasses verdies par le moisi. Et c’est l’extase.
