Anne Zobolas

Interprétations

Mourir Bio

Ce qui se pourrait, ce serait que rien n’arrive. Que ce futur qu’on envisage n’ait pas lieu. Tout simplement. Que le temps hoquette, crachotte, toussete. Puis se fige, vaincu. Réduit à une épaisse fumée noire qui s’envolerait vite. Ouais, on aurait tué le temps. On l’aurait pris à son propre piège, cette nasse tendue sous nos pieds depuis la nuit des temps, qui deviendrait la nuit du temps. Ouais, on aurait endormi le temps.

Ce qui se pourrait, ce serait alors qu’on s’arrête, tous, vaguement ébahis dans une hébétude vague, comme si au fond on n’était pas vraiment surpris. Genre, ça ne pouvait pas se finir autrement, une course à un moment ça s’arrête, essoufflé assoiffé crevé. Plus de morceaux de machins ni d’extraits de bidules. Plus d’urgence plus de vitesse sans cesse essentielle. Plus de temps. Juste une latence, là, sans durée sans fin. On regarderait le port étalé, on verrait les bateaux s’alanguir sous le viaduc muet.
Ce qui se pourrait, peut-être, ce serait qu’on soit bien. Sans avenir mais dans le présent, enfin.