Charlie Le Peuch

Interprétations

Mourir Bio


Tu mourras crade, de toute façon. La mort, c’est tout sauf propre. Quitte à mourir, moi je voudrais mourir bio. Quelle allure, quelle classe, lentement absorbé par la terre nourricière. T’as donc jamais mis les mains, les pieds dans la boue ? T’as jamais construit de château dans la vase des rivières ?

Tu faisais quoi, à cinq ans ? Et à douze ? Tu partiras en fumée, dans un feu d’artifice, bref et spectaculaire, tandis que les vers se glisseront sous ma peau, et que la mousse poussera sur mes os. Comme tu envieras la lenteur de mon départ. Comme tu envieras le temps que j’aurai encore à passer sur et sous la Terre. Comme tu envieras les forêts qui pousseront sur mes restes fertiles, et les ruisseaux qui creuseront leurs sillons dans mes vallées fleurissantes. Et quand mes courants ramèneront mes pensées à la baie par le Légué, je penserai à toi, à tes atomes, qui seront mes atomes, qui seront, malgré toi, les atomes de la Terre.