LES DÉCHETS (une élégie) – Alice Zeniter

OUVERTURE

LES DÉCHETS (une élégie)

Nous préférerions une meilleure vue.
Nous n’avions pas imaginé ça comme ça – la vue sur mer.
Franchement, ça ne sert à rien d’avoir un balcon.
Si c’est pour…

Tous les glaciers, désormais, ont fondu. L’eau monte. Si on la prend de manière étale, si
on la considère dans son ensemble – ce qu’un télescope ou un bureau d’étude peut faire,
mais sans doute pas une population, et certainement pas celle des Pays-Bas – son
niveau est monté de soixante-dix mètres. C’est une belle progression, nette, franche.
Personne pour la féliciter, pourtant. Soixante-dix mètres, quand même. On a tout donné
sur ce coup-là, déclarent les vagues aux micros des journalistes. Non. Nulle part.

POINTS DE VUE

Planète-déchet

En préambule :
Plutôt que l’élégie annoncée dans le titre, j’ai eu l’impression d’un constat sans appel, un peu comme dans la Complainte du progrès de Boris Vian. Litanie des déchets, faite d’anaphores et d’énumérations, en plus grave et moins amusante. On ne rit plus, il est trop tard pour se plaindre et la mélancolie est un déchet comme un autre.

Car il y en a, de la mélancolie, dans la désuétude et le regret des balcons. Comme dans Un balcon en forêt (1), l’autrice médite sur ce que nous avons fait de notre environnement. De fait la mélancolie se teinte d’une pointe de résignation, et elles sont comme fondues dans l’écriture à l’image de l’eau qui charrie nos immondices.

La co-réalisatrice d’Avant l’effondrement a-t-elle été ici inspirée par les travaux de Jared Diamond, auteur d’Effondrement Comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie (2) ? Cet essai consacre un chapitre entier au Montana, magnifique État aujourd’hui affecté de nombreux fléaux tels que les déchets toxiques venus des mines, les rejets d’herbicides et des fosses septiques, et la fonte des neiges et des glaciers. Constat sans appel qui ouvre sur un futur tout ce qu’il y a de peu désirable. Dystopique.

Regard 1 : les résonances dans les textes de la Bibliothèque des futurs et plus encore.

Or comme ordure de Frédéric Ciriez, qui célèbre la beauté des déchets.

« Et l’édifice apparaît, blanc, évasé, inachevé, tendu vers le ciel comme une Babel maritime. Sur sa façade scintille un hologramme de lettres écarlates : 
Capital(e) /déchet Puis les lettres s’animent, Capital = déchet, se mettent en mouvement, déchet = capital, trouvent de nouvelles combinaisons, Kapital/déchet, produisent de nouvelles significations, capitale du déchet = déchet du capital, d’autres encore, Kapital/K = K/Kapital, puis capital = Action, Action = capital, Action = déchet, déchet = Action… Je shoote. Je dis à Simonet : Qu’est-ce ? » Il répond : « La Bibliothèque des futurs. » »

Mourir Bio d’Alexandre Koutchevsky, qui étend la notion de déchets aux corps, aux « déchets-mots » et à la question du recyclage : 

« Nous sommes pires encore que les déchets nucléaires, nous en produisons mais au moins eux ne se reproduisent pas.             
Nous sommes intraitables, irrécupérables, définitivement non-recyclables. Les auteurs sont des centres de tri qui reçoivent des milliers de tonnes de mots-déchets, les trient, puis les recyclent. »

Rudimenteurs d’Alexis Fichet qui retrace l’historique des déchets et imagine que les déchets, qu’on ne trie plus, ont envahi le paysage et deviennent une source de connaissance du passé.

Abandonner – Qu’est-ce que tu imagines ? de Fanny Mentré, qui déploie une indignation au-delà de tout et auquel le « qu’est-ce qu’on croyait ? » de nos illusions renvoie un écho lointain.

De la même eau de Lucie Taïeb, Rosa Rosa Rosalind de Marion Stenton et l’eau trop salée et raréfiée de Vendredi soir d’Alexis Fichet (« Désormais plus rien de cela, juste l’eau qui chauffe, l’oxygène qui se fait rare, le sel de plus en plus présent ») pour le motif de l’eau, non plus régénératrice, mais pourrie comme le cœur de l’homme. 

On passe à autre chose de Roland Jean Fichet, pour le motif du balcon, d’où l’on assiste au désastre des auteurs sacrifiés, considérés comme déchets de la société.

Le Repos du Tigre de Stéphane Nappez pour l’ironique « cloaque paradisiaque », opposé au trop réaliste cloaque infernal de l’eau polluée dans Les Déchets.

Et plus encore…

Les fils conducteurs de Guillaume Poix (3), où Jacob, un gosse de onze ans, est initié à la fouille dans une immense décharge de produits électroniques – nos poubelles à nous, Occidentaux – à Ghana, près du port d’Accra. Écrit dans une langue incandescente, le roman est qualifié par Yann Perreau de  » Rivage des Syrtes sur la Gold Coast, port des rêves brisés où s’accumulent les déchets d’un monde suréquipé et pourri ». (4) 

Regard 2 : la faillite du balcon
L’énumération de nos déchets quotidiens renvoie à la notion de dépense, théorisée par Georges Bataille dans La Part maudite (5), dépense qui caractérise notre condition et nos sociétés ; le pouvoir appartient à celui qui dilapide, et le reflux de nos dépenses met à jour la mesquinerie de nos vies bourgeoises. Le texte d’Alice Zéniter ferait bicher le cynique Diogène, lui qui se serait écrié, à la vue d’un homme riche déménageant ses biens : « N’a-t-il pas honte de posséder tant de choses et de ne pas se posséder lui-même ? ».
Nous possédons-nous nous-mêmes, nous qui sommes des déchets en puissance, ce dont Alexandre Koutchevsky s’amuse dans Mourir Bio ?
Dans une conférence donnée au Massachussetts Institute of Technology (6), Jacques Lacan assimile la civilisation au déchet :  » La caractéristique de l’homme est qu’il ne sait que faire de ses déchets/La civilisation, c’est le déchet, cloaca maxima/Les déchets sont la seule chose qui témoigne que nous ayons un intérieur.« 
Le balcon est ce point de jonction et de séparation entre l’intérieur et l’extérieur, le dedans et le dehors, une invitation à se projeter, à regarder plus loin, à rêver, celui où chez Verlaine (7), « Telles, sur le balcon, rêvaient les jeunes femmes. », chez Baudelaire (8),  » aux soirs illuminés par l’ardeur du charbon /Et les soirs au balcon, voilés de vapeurs roses. »
Exit le rêve. Ce qui se présente au regard n’est que le rebut de nos vies consuméristes. Non seulement il y a dans la faillite du balcon, signe de richesse s’il en est, une faillite de l’avoir, qui englobe tout, mais aussi une faillite de l’être, et la révélation de l’imposture de la bonne conscience collective. Après avoir eu de la merde dans les yeux et le cœur, les propriétaires du balcon l’ont en point de mire. Miroir, mon beau miroir, voici le reflet de nos vies et de ce que, dans notre cécité collective (9), nous n’avons pas voulu non pas voir, mais regarder. C’est le grand retour du refoulé. Pas inutile. De quoi faire mentir le propriétaire lorsqu’il déplore que « Franchement, ça ne sert à rien d’avoir un balcon. »

Faillite du désir, lui aussi à présent frappé d’obsolescence :
« comme si la fin du désir, la fin du besoin pouvaient rendre biodégradables tous les objets et tous les souvenirs, Merci, que le dernier venu sur mon amour ferme la porte je ne vous ai jamais connue »
Ainsi pourrait bien se réaliser la prédiction de Tirésias dans Quoi l’amour de Roland Jean Fichet : « Ce jour est venu où femmes et hommes vivent avec soulagement la disparition définitive du désir. » (11)
Soit, mais après tout nos désirs et nos sentiments nous traversent et nous appartiennent.  L’eau, c’est autre chose. Et qu’avons-nous fait de l’eau ? Qu’avons-nous fait de la mer salée ? Qu’avons-nous fait de l’eau douce ? Qu’avons-nous fait à la Valière, à l’Hyères, à la Mignonne (12) ?!  A ce niveau, la honte n’est plus biodégradable.
Lire LES DÉCHETS (une élégie) donne envie de me demander ce qui me ferait le plus honte, que je n’aimerais pas voir réapparaître, ou à l’inverse ce que je voudrais voir refaire surface, ce que j’aurais envie de sauver du désastre, et, telle Sei Shônagon dans ses Notes de Chevet (9), de consigner mes propres listes de choses inavouables.


1- Un balcon en forêt, Julien Gracq, Éditions José Corti, 1958.
2- Effondrement. Comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie, Jared Diamond – Éditions Gallimard, 2006.
3- Les fils conducteurs, Guillaume Poix – Éditions Gallimard, Collection Verticales, 2017.
4- https://www.lesinrocks.com/livres/les-fils-conducteurs-bienvenue-sur-la-planete-dechet-de-guillaume-poix-102480-15-08-2017.
5- La Part maudite, Georges Bataille, Editions de Minuit, 1949.
6- Conférence de 1975 mentionnée dans un article très clair de Charlie hedbo en 2019 https://charliehebdo.fr/2019/06/societe/la-culture-du-dechet/
7- Parallèlement,  Paul Verlaine.
8- Les Fleurs du mal, Charles Baudelaire.
9- La question de notre aveuglement face à la crise environnementale n’est pas nouvelle ; elle est interrogée dans notre rapport au quotidien par Jade Lindgaard, dans son essai Je crise climatique, la planète, ma chaudière et moi, Éditions La Découverte,  2006.
10- Notes de chevet, Sei Shônagon, Editions Gallimard/Unesco, Collection Connaissance de l’Orient, 1985.
11- Quoi l’amour, Roland Fichet, Editions théâtrales, 1999.
12- Silence dans les champs, Nicolas Legendre – Éditions Artaud, 2023 – p.87 sq.

Sous le tapis avec vue sur mouise ou l’insubmersible état des choses

« tout cela, au fond, nous voulions que ça disparaisse, 
purement et simplement, 
clignement d’yeux, 
claquement de doigts
 et rien ne reste de ce qui nous a lassé,
 place nette, neuve, vierge, comme si la fin du désir, la fin du besoin pouvaient rendre biodégradables
 tous les objets et tous les souvenirs »                                    
Au fond, il suffit d’y croire.
LES DECHETS (une élégie) résonne comme une complainte post-diluvienne. Elle expose les conséquences tragiques de l’insoutenable légèreté de notre être, dont la capacité de folle dépense a produit un monde monstrueux, ravagé par l’incommensurable poids de nos existences matérielles. Cet être-là n’est jamais sorti de son aveuglement, ni de ses petits arrangements dérisoires avec une très déficiente conscience. Les déchets nous submergent d’un flot qui semble intarissable, s’écoulent dans notre gorge en une liste que l’on pourrait poursuivre ad libitum et ad nauseam.

Nous voici en quelque sorte sommés de répondre, ou tout au moins de regarder, de sortir de notre habituelle soumission au mensonge, de reconnaître nos compromissions, nos faiblesses. Car face à la réalité pervertie du déchet invisibilisé, nous nous délestons trop facilement de tout sentiment de honte, comme du doute. Nous maintenons la fiction d’un monde propre. « Mais quand l’eau s’engouffre jusqu’au cœur des chez-nous, alors tout remonte,/ tout, porté par elle, sans forme et sans couleur, comme une pâte grumeleuse de nos vies. » 
Et si les déchets n’étaient pas toujours situés ailleurs, hors de notre vue ? Ce qu’imagine la narratrice, non sans lucide cruauté :«Tout est revenu nous crier que rien n’avait disparu, / et que qu’est-ce qu’on croyait ? / qu’on l’avait juste glissé sous le tapis …»
Qu’advient-il de nos déchets ? Cette question se perd dans le labyrinthe de nos consciences, aisément satisfaites de se reposer sur la certitude de participer de manière citoyenne à la machinerie du tri, dont on peut supposer qu’elle est parfaitement huilée, et efficace. Or, ce que nous rappelle ce texte, c’est ce que nous savons mais que nous peinons néanmoins à assumer – nous savons l’incapacité de la terre à assimiler nos déchets, mais nos poubelles hygiéniquement fermées partent au petit matin avec des éboueurs compétents, ce qui nous dédouane de toute inquiétude quant à leur désintégration ( 1). Et nous croyons aux vertus comme à la réalité du recyclage.

Saint Brieuc, grève des Courses ( 2). A l’oeil nu pour qui observe le lieu innocemment : de paisibles dunes  recouvertes d’herbes maritimes, rien qui choque ou déplaise. Pour qui sait : sous le sable, un million de déchets polluants enfouis là, en sursis, et nous tous complices alors de cette pollution accrochée au rivage. Nulle idylle, le fruit est pourri. Un paysage mensonger à la beauté factice se tapit sous nos yeux trop crédules. Mais sur la plage dégueulent les algues vertes, qui elles, disent le mal présent, empêchent le lieu de respirer et alertent nos sens.
Par sa structure poétique, la nouvelle d’Alice Zeniter vient dire l’écoeurement et la désolation face au spectacle consternant de ce qu’est devenu le monde, submergé par des eaux immondes. Le motif de l’eau qui purifie se trouve ici renversé. L’eau vient au contraire révéler les immondices, l’ahurissante accumulation des déchets qui tous ensemble forment un magma insalubre, délétère, vicié : notre monde est devenu irrespirable, proprement invivable ( 3).
Le balcon sur mer de ce récit subit un détournement de son usage coutumier, qui célèbre un rapport enamouré et poétique au monde. Ce lieu qui induit un privilège social se transforme en un poste impossible à occuper, abject, d’où l’on assiste, nécessairement impuissants – il est trop tard – à une débâcle sans remède. Nous voici en exil sur notre propre terre ( 4), renvoyés à de stériles solitudes, sur des îlots qui ne peuvent former archipel, ne permettent plus de couturer quoi que ce soit, puisque tout s’est délité, irrémédiablement a été englouti. Ne subsiste que cette pâte informe, immodelable, profondément indigeste – merde universelle produite par les êtres humains, infernale et sans fin, venant recouvrir le monde d’où toute beauté s’est détachée.
A travers ce mouvement du bas vers le haut nous explose à la figure ce que nous avions voulu fouir, enfouir au plus profond de la terre. Et ce qui remonte à la surface, avec fureur, nous tétanise. Par quelle opération magique, en effet, les déchets seraient-ils absorbés et digérés par notre Terre ? L’économie circulaire, le recyclage des déchets ne forment-ils pas, au moins en partie, un écran et un leurre ? 
Dans Mourir bio, d’Alexandre Koutchevsky, des questions semblables sont soulevées – qui restent irrésolues. Les chiffres nous accablent : « trois-cents cinquante et une mille tonnes de déchets pour un coût approximatif de traitement de vingt et un millions d’euros, les couches jetables représentent quarante pour cent des déchets ménagers d’un foyer ayant un enfant entre zéro et deux ans, c’est-à-dire nous. Pour un seul enfant, les couches jetables représentent quatre arbres et demi, vingt-cinq kilos de plastique obtenu grâce à soixante-sept kilos de pétrole brut. » C’est « l’inévitable coût de nos vies irresponsables. »
Moral, ce récit poétique l’est, qui renvoie une vision pessimiste de l’être humain, incapable d’affronter la réalité, toujours partisan de la solution de facilité qui consiste à masquer ce qui dérange, toujours disposé à surseoir aux prises de conscience décisives conduisant vers des actes nouveaux susceptibles de réduire le champ des possibles matériels. Ainsi, le compromis permanent passé avec le réel fait que l’être humain s’invente des fictions opérantes destinées à le maintenir dans l’aveuglement jusqu’à cette possible aporie : le déchet n’existe pas. Les rituels du déchet qui nous permettent d’acheter notre petite conscience tiennent à distance le malaise dans la civilisation qui pourtant nous envahit tous. Et le discours ambiant qui va dans le sens de la maîtrise et du contrôle peine à retenir la connaissance intime de cette pression centrifuge et exponentielle du déchet, Léviathan des temps modernes.
Par ricochet s’insinuent des images réconfortantes pourtant, fantasmées ou réelles, de glaneuses et glaneurs, de ceux à qui Varda a rendu hommage, de nouveaux pilhaouërien de Bretagne et d’ailleurs, modestes et précieux agents de redistribution des « déchets », de ZAD où conspirer pour mieux respirer ensemble ( 5), et je me dis que peut- être est-ce par ces personnes qu’un frêle passage est possible. De frêles esquifs pour tracer un fragile sillon dans l’immense problème dont l’infernale puissance cinétique follement nous entraîne. 


1- Lucie Taïeb, dans le livre qu’elle a composé après avoir enquêté sur la décharge à ciel ouvert de Freshkills, à New-York, souligne, comme Alice Zeniter, notre incapacité collective à regarder le déchet ( à travers lequel peuvent s’agréger la mort, le mal, notre honte) en face : « Pour parvenir à « fonctionner » dans notre monde, il reste […] nécessaire de fermer les yeux, d’alléger notre conscience, de l’ancrer dans un présent inoffensif et lisse. » ( p. 17 ) ; « Ce qui me frappe surtout, c’est l’enclave mentale que nous nous construisons, l’illusion d’une ville propre, d’où disparaissent comme par magie tous les déchets, toutes les salissures. » ( p. 17-18) Freshkills, recycler la terre, Lucie Taïeb, (éditions) la Contre Allée, 2020
2- Sur le site des Archives municipales de Saint Brieuc, on trouve ceci : « La Grève des Courses fut un lieu festif où se déroulèrent des courses de chevaux et des meetings d’aviation, avant de devenir une décharge sauvage, puis une réserve naturelle sous l’impulsion d’associations écologistes. » 
3- Difficile de ne pas penser ici aux inondations récentes dans le Pas-de-Calais, et à la réalité de la montée des eaux dans le monde, comme à l’effet panique que ces projections entraînent.  Alice Zeniter, dans sa pièce de théâtre Quand viendra la vague ( L’Arche, 2019) imagine le monde d’après la vague, recouvert par les eaux, et ce n’est pas alors un sentiment océanique qui prend forme, mais la terrible déréliction d’individus-monades, « fossiles vivants » ( p. 56), dont les capacités d’adaptation et d’entraide restent problématiques.
4- Le film Costa brava, Lebanon, de Mounia Akl, sorti en 2021, présente, dans « un futur proche », l’histoire d’une famille dont le lieu de vie idyllique et préservé, dans la montagne, se trouve brutalement investi par une énorme décharge dont la ville de Beyrouth vient se défaire, rendant impossible le quotidien des personnages.
5- Dans son essai Respire, Marielle Macé relie l’acte de respirer à celui de conspirer : « Si l’on peut étouffer d’un état du monde, c’est qu’une vie respirable sera avant tout, et forcément, une vie reliée, un respirer-avec, une dé-séparation, une co-respiration. Une « conspiration », si l’on veut. » ( p. 79, éditions Verdier)

Bulles

Le film n’est plus en couleur, il n’est pas non plus en noir et blanc, il est gris, totalement gris ! Dans la dystopie. 
Si je ne vois plus cela n’existe pas. Est ce que la pensée , elle aussi se dissout ? Loin des yeux loin du cœur, loin des yeux loin de la pensée responsable

Alice Zeniter

Je m’appelle Alice Zeniter. Je suis écrivaine. Je suis aussi metteuse en scène, traductrice, scénariste, j’ai été réalisatrice, une fois. Mais si les arts se comportaient comme les immortels de Highlander et qu’il ne pouvait en rester qu’un, je crois que je serais écrivaine. Parce que l’écriture c’est immense et pas cher et que quand j’écris, j’ai l’impression que j’arrive à tenir quelques instants le monde en ordre. J’écris sur des choses qui me terrifient ou m’enragent en tant que citoyenne. Sur le réchauffement climatique et la pollution, ici. L’empire colonial. Les travailleurs pauvres. Mais j’ai appris de Tchekhov, à l’adolescence, que j’aimais les textes qui traitaient l’humanité avec tendresse. Et à force de chercher ça, la tendresse, en écrivant, je produis des textes sur des catastrophes qui ressemblent plus à des berceuses qu’à des hurlements.